Il vient je ne sais quelle odeur de sureau.—Ah! j'ai le coeur qui s'en va, tant cette odeur est douce!
Après le dîner.
«Si nous partions faire un tour en carriole avec notre cousin?
—La Grise est trop fatiguée, dit le père.
—C'est vrai. Où irons-nous alors?»
J'offre d'aller du côté des sureaux, et nous voilà, au bout d'un moment, occupés à vider la moelle de ces sureaux et à faire des sifflets luisants comme des cuivres; la cousine Marguerite se coupe le doigt et laisse tomber de grosses gouttes de sang sur le blanc des feuilles.
On arrache une herbe pour la panser, et l'on va loin des vilains arbres qui sont cause qu'on s'est coupé.
On va vers la mare où les canards barbotent, on va dans la grange où les _fléaux _s'arrêtent quand les demoiselles et le cousin entrent! Puis ils repartent décrivant un grand cercle, et battent en mesure les gerbes sur le plancher sonore. J'en attrape un pour essayer; je sens tourner le battant qui part comme une fronde, et qui revient comme un marteau, qui prend de l'air et fait du vent… S'il touchait une tête, il la casserait comme du verre.
Au fond du clos, il y a un trou plein d'eau et de branches mortes, avec de petites grenouilles vertes qui luisent au soleil; je fais une ligne avec un bâton que je ramasse à terre, un bout de ficelle que je trouve dans mes poches, et une épingle que fournit Marguerite. Sa soeur donne un morceau de ruban écarlate, et la pêche commence.
Quels cris quand la première rainette mord! Mais il faut l'arracher de l'hameçon, personne n'ose, la grenouille s'échappe et les jeunes filles s'enfuient.