Je les suis! Nous passons une journée délicieuse à battre les champs, à entrer jusqu'aux genoux dans la rivière! Je cours après elles en sautant sur les pierres, que polit le courant.
À un moment, le pied me glisse et je tombe dans l'eau.
Je sors ruisselant, et je m'en vais, le pantalon tout collé et pesant, m'étendre au soleil. Je fume comme une soupe.
«Si nous le tordions?» dit une cousine, en faisant un geste de lessive.
Elles vont de leur côté, derrière une pierre qui les cache mal, ôter leurs bas; elles ont les jambes trempées, quoi qu'elles en disent… et si blanches!
Enfin nous voilà séchés, et nous repartons joyeux.
Nous avons les yeux clairs, la peau brillante. Nous prenons des chemins bordés de mûres, et pleins de petites prunes violettes qui sont aigres comme du vinaigre, et que nous mangeons à poignées,— j'avale les noyaux pour faire l'homme.
On se fâche, on se perd! mais on se retrouve toujours bras dessus, bras dessous, raccommodés et curieux: moi, racontant ce que je fais à Saint-Étienne, les farces de collège; elles, disant des gaietés de pension, ceci, cela, et finissant par crier:
«Laquelle aimez-vous le mieux de nous deux?
—Laquelle aimes-tu mieux?» dit carrément Marguerite, qui jette le_ vous_ par-dessus les moulins et se plante devant moi.