Ne sachant que répondre, je les embrasse toutes deux. On me fouette la figure avec une fleur et l'on s'écarte pour me bombarder de prunes violettes.
Le soir nous trouve un peu las, et nous causons sur la pierre usée devant la maison, comme de petits vieux à la porte d'une auberge.
Ah! c'est Marguerite que je préfère décidément! Elle me prend la main toujours à la fin de ses phrases, elle me dit, ébouriffant ma crinière de ses doigts: «Rejette donc tes cheveux en arrière, tu n'es pas beau comme ça!»
On me conduit à ma chambre qui est près du grenier,—le grenier où l'on a, l'hiver dernier, pendu les raisins, entassé les pommes, avec des bouquets de fenouil et des touffes sèches de lavandes. Il en est resté une odeur et je laisse la porte ouverte pour qu'elle entre chez moi,—encore un chez moi d'un soir!
Je me mets à la fenêtre et regarde au loin s'éteindre les hameaux.
Un rossignol froufroute dans un tas de fagots et se met à chanter.
Il y a le coucou qui fait hou-hou! dans les arbres du grand bois,
et les grenouilles qui font croa-croa dans les herbages du marais.
J'écoute et finis par ne rien entendre.
Le coq me réveille en sursaut, je m'étais endormi le front dans mes mains et je me déshabille avec un frisson, pour dormir d'un sommeil sans rêve, étourdi de parfums, écrasé de bonheur.
Deux jours comme cela,—avec des disputes et des raccommodailles près des buissons, dans les fleurs, dans le foin; le grand jeu du fléau, le chant doux des rivières et l'odeur du sureau!
Il faut partir!
«Tu m'écriras, soupire Marguerite, me disant adieu. Tiens tu garderas ce petit bouquet comme souvenir. Bonsoir!…»