Elle préférait crever la misère, conseiller à mon père d'être lâche!…

Elle préférait vivre d'une vie sourde, bête et vile; mais elle était la femme d'un fonctionnaire, une dame, et son enfant dirait un jour:

«Mon père était dans l'Université.»

Ah! cela me fera une belle jambe, et on a l'air de les estimer drôlement, ces messieurs de l'université!

Si elle entendait ce que j'entends, moi, non pas seulement ce que les élèves marmottent—ce n'est rien—mais ce que les parents disent, elle verrait ce qu'on pense des professeurs! si elle savait comme ils sont méprisés par les chefs même: le proviseur, l'inspecteur, le censeur, qui, quand une mère riche se plaint, répondent:

«N'ayez peur: je lui laverai la tête!»

Du petit cabinet où l'on m'enferme d'habitude avant de me mener au cachot, je puis saisir ce qu'on dit dans le salon du proviseur, et je n'ai pas manqué d'appliquer mes oreilles contre le mur, chaque fois que j'ai pu.

Un jour, un des maîtres est venu se plaindre qu'un domestique l'avait insulté. Le proviseur n'a fait ni une ni deux: il appelle le pion Souillard, qui lui sert de secrétaire: «M. Souillard, il y a M. Pichon qui se plaint de ce que Jean lui ait parlé insolemment devant les élèves;—il faut que l'un des deux file. Je tiens à Jean; il nettoie bien les lieux. M. Pichon est un imbécile qui n'a pas de protections, qui achète cent francs de bouquins pour faire son livre d'étymologie et qui porte des habits qui nous déshonorent.

«Écrivez en marge à son dossier:

«"PICHON. Se commet avec les domestiques—a des habitudes de saleté—sait ses classiques. Rendrait de grands services dans une autre localité."«