Ah! vivent les charcutiers, nom d'une pipe!

Et les cordonniers aussi! vivent les épiciers et les bouviers!

Vivent les nègres!…

Moi, plutôt que d'être professeur, je ferai tout, tout, tout!…

Il n'y a donc pas à compter sur Malatesta, qui est à la charcuterie de Modène, et il a même laissé intacte dans son pupitre une boîte de fruits confits qu'on se partage en retenue.

Je cherche de tous côtés d'autres complices; je jette sur la foule des camarades le regard creux du capitaine. Je fais des ouvertures à plusieurs: ils hésitent. Les uns disent qu'ils ne s'ennuient pas à la maison, qu'ils s'y amusent beaucoup, au contraire, que leur père rigole avec eux, que leur mère a les mêmes défauts que celle de Malatesta.

«On ne te bat donc pas?

—Si, quelquefois, mais je suis content ces jours-là; je suis sûr que le soir on me mènera au spectacle ou bien qu'on me donnera une pièce de dix sous. Mon père en est tout embêté, et ils se cherchent des raisons avec ma mère.—C'est toi qui en es cause. —Je te dis que c'est toi.—Tu ne lui as pas fait de mal au moins!—J'ai bien tapé un peu fort, quel brutal je suis!»

«Tu lui as fait du mal au moins», demande ma mère à mon père, à l'envers de ces parents imbéciles. «J'espère qu'il l'a senti cette fois!»

Et il faut bien avouer que ma mère est logique. Si on bat les enfants, c'est pour leur bien, pour qu'ils se souviennent, au moment de faire une faute, qu'ils auront les cheveux tirés, les oreilles en sang, qu'ils souffriront, quoi!… Elle a un système, elle l'applique.