On le bat tout de même. Pourquoi donc?

Parce qu'il ne faut pas faire de préférences dans les familles, c'est toujours d'un mauvais effet. Les autres pourraient s'en plaindre.

Puis, «il est là comme une oie.»

Il est là comme une oie.—Voilà pourquoi on le bat.

On fouette les autres parce qu'ils font du bruit et qu'ils jurent et sont grossiers: on le fouette, lui, parce qu'il ne dit rien et se tient tranquille.

«Il est là comme une oie…»

Il a encore une faiblesse—(qui n'a pas les siennes!)—il pisse au lit.

Voilà le secret de sa misère, pourquoi il est triste, pourquoi sa mère crie toujours qu'elle va lui enlever la peau de ceci, la peau de cela!

Et ses parents ont l'air de croire que c'est pour s'amuser, parce qu'il y trouve du plaisir, que c'est par coquetterie ou défi, un jeu ou une menace, une fantaisie de talon rouge, un mouvement de désoeuvré. Le malheureux fait pourtant ce qu'il peut,—ce qu'il fait ne sert à rien.—Il se réveille dans le crime, et on est obligé de mettre ses draps à la fenêtre tous les matins.

On lui procure cette honte.—Tout le monde sait sa faute; comme on sait que le roi est aux Tuileries, quand le drapeau flotte au-dessus du château!…