Elle m'embrasse! Je frotte mon museau contre ses joues roses, et je le plonge dans son cou blanc, je le laisse traîner sur sa gorge veinée de bleu!

Toujours cette odeur de framboise.

Elle me renvoie, et je cours ramasser mes hardes et changer de chemise.

Je mets une cravate verte et je vole à ma mère de la pommade pour sentir bon, moi aussi, et pour qu'elle mette sa tête sur mes cheveux!

Mon paquet est fait, je suis graissé et cravaté, mais je me trouve tout laid en me regardant dans le miroir, et je m'ébouriffe de nouveau! Je tasse ma cravate au fond de ma poche, et, le col ouvert, la casquette tombante, je cours avoir un baiser encore. Ça me chatouillait; je ne lui disais pas.

Le garçon d'écurie a donné une tape sur la croupe du cheval, un cheval jaune, avec des touffes de poils près du sabot; c'est celui de ma _tatan _Mariou, qu'on enfourche, quand il y a trop de beurre à porter, ou de fromages bleus à vendre. La bête va l'amble ta ta ta, ta ta ta! toute raide; on dirait que son cou va se casser, et sa crinière couleur de mousse roule sur ses gros yeux qui ressemblent à des coeurs de moutons.

La tante ou la cousine montent dessus comme des hommes; les mollets de ma tante sont maigres comme des fuseaux noirs, ceux de ma cousine paraissent gras et doux dans les bas de laine blanche.

Hue donc! Ho, ho!

C'est Jean qui tire et fait virer le cheval; il a eu son picotin d'avoine et il hennit en retroussant ses lèvres et montrant ses dents jaunes.

Le voilà sellé.