«Passez-moi Jacquinou», dit la Polonie, qui est parvenue à abaisser sur ses genoux sa jupe de futaine et s'est installée à pleine chair sur le cuir luisant de la selle. Elle m'aide à m'asseoir sur la croupe.

J'y suis!

Mais on s'aperçoit que j'ai oublié mes habits roulés dans un torchon, sur la table d'auberge pleine de ronds de vin cernés par les mouches.

On les apporte.

«Jean, attachez-les. Mon petit Jacquinou, passe tes bras autour de ma taille, serre-moi bien.»

Le pauvre cheval a le tricotement sec et les os durs; mais je m'aperçois à ce moment que ce que dit la fable qu'on nous fait réciter est vrai.

Dieu fait bien ce qu'il fait!

Ma mère en me fouettant m'a durci et tanné la peau.

«Serre, je te dis! Serre-moi plus fort!»

Et je la serre sous son fichu peint semé de petites fleurs comme des hannetons d'or, je sens la tiédeur de sa peau, je presse le doux de sa chair. Il me semble que cette chair se raffermit sous mes doigts qui s'appuient, et tout à l'heure, quand elle m'a regardé en tournant la tête, les lèvres ouvertes et le cou rengorgé, le sang m'est monté au crâne, a grillé mes cheveux.