Minuit.
Je m'étais assoupi!—Je me suis réveillé brusquement!
Un bruit confus, des cris déchirants,—un surtout qui m'entre au coeur et me le fend comme un coup de couteau. C'est la voix de ma mère…
Je saute au bas de l'échelle, en chemise; l'échelle n'était pas accrochée et je tombe avec fracas. Je me suis presque fendu le genou sur le carreau.
C'est dans l'escalier que le drame se passe; entre ma mère qui est renversée sur la rampe, les yeux hagards, et mon père qui la tire à lui, pâle, échevelée.
Je me jette en pleurant au milieu d'eux. Qu'y a-t-il?
Je veux crier.
«Non, non! fait mon père en me fermant la bouche, non!»—Il me brise presque les dents sous son poing.—«Non, non!»—Il y a autant de colère que de terreur dans sa voix.
Je me penche sur ma mère évanouie; j'inonde sa face de mes larmes. C'est bon, il parait, des larmes d'enfant qui tombent sur les fronts des mères! La mienne ouvre tout d'un coup les yeux, et me reconnaît, elle dit: «Jacques! Jacques!»—Elle prend ma main dans sa main, et elle la presse. C'est la première fois de sa vie.
Je ne connaissais que le calus de ses doigts, l'acier de ses yeux et le vinaigre de sa voix; en ce moment, elle eut une minute d'abandon, un accès de tendresse, une faiblesse d'âme, elle laissa aller doucement sa main et son coeur.