Je sentis à ce mouvement de bonté que lui arrachait l'effroi dans cet instant suprême, je sentis que tous les gestes bons auraient eu raison de moi dans la vie.
«Retourne te coucher», m'a dit mon père.
J'y retourne glacé, j'ai attrapé froid sur les dalles de l'escalier, puis dans la grande chambre, avec les fenêtres ouvertes pour que la malade eût de l'air!
Qu'est-il donc arrivé?
Mon coeur aussi a son orage, et je ne puis assembler deux pensées, réfléchir dans ma fièvre! Les heures tombent une à une.
Je regarde mourir la nuit, arriver le matin; une espèce de fumée blanche monte à l'horizon.
J'ai vu, comme un assassin, passer seules en face de moi les heures sombres; j'ai tenu les yeux ouverts tandis que les autres enfants dorment; j'ai suivi dans le ciel la lune ronde et sans regard comme une tête de fou; j'ai entendu mon coeur d'innocent qui battait au-dessus de cette chambre silencieuse. Il a passé un courant de vieillesse sur ma vie, il a neigé sur moi. Je sens qu'il est tombé du malheur sur nos têtes!
Qu'est-il arrivé? Je voudrais le savoir.
J'ai connu souvent des situations douloureuses; mais je n'ai jamais tremblé comme je tremblais ce jour-là, quand je me demandais comment on allait m'accueillir, de quel oeil me regarderait mon père qui avait dit si pâle: «Non, non, n'appelle pas!»
J'avais peur qu'ils eussent honte devant moi.