Je cherchais quel visage il fallait qu'eût leur fils, quels mots je devais dire, s'il ne serait pas bon d'aller les embrasser.— Mais par qui commencer?
Et je frissonnais de tous mes membres… chose bizarre,—plus effrayé d'être gauche, d'avancer, ou de pleurer à faux, qu'effrayé du drame inconnu dont je ne savais pas le secret.
C'est ainsi quand on n'est point sûr du coeur des siens et qu'on craint de les irriter par les explosions de sa tendresse; instinctivement, on sent qu'il ne faut pas à ces douleurs un accueil cruel, le coeur ne saurait l'oublier et il garderait, noire ou rouge, une tache ou une plaie, une tristesse ou une colère.
Aussi on hésite, on recule!
Ne rien dire?—mais ils peuvent vous accuser d'être méchant, puisque vous ne semblez pas ému de leur douleur!—Parler? Mais ils vous en voudront de ce que vous avez souligné leur faute ou leur crime, de ce que vous avez, le matin, réveillé par vos larmes,—vos simagrées—des fantômes qui devaient mourir avec le dernier cri, le premier soleil!
Et je ne savais que faire!
Il y avait longtemps que c'était le matin.—Mon père se levait d'ordinaire à sept heures afin d'être prêt pour la classe de huit heures. Je me levais aussi.
Je fis comme toujours; je m'habillai, mais lentement, et ne mis pas mes souliers; j'attendis assis sur mon lit.
Il ne venait aucun bruit de leur chambre; un silence de mort.
Enfin, au quart avant huit heures mon père m'appela.