—Je n'ai pas dit ça, ma tante.

—Et hypocrite avec ça!—Oui va-t'en dire partout que je souillonne les robes de mes nièces.—Tu ajouteras peut-être aussi que je les laisse mourir de faim!»

Une pause.

Tout d'un coup se tournant vers moi, d'une voix qui était vraiment celle du sang, dans laquelle on sentait mourir la tante et ressusciter la mère:

«Jacques, fit-elle, mon fils, viens embrasser ta mère…»

Tant d'amour, de tendresse, cette explosion, ce coeur qui tout d'un coup battait au-dessus du sein qui m'avait porté, tout cela me troubla beaucoup et je m'avançai comme si j'avais marché dans de la colle.

«Tu ne viens pas embrasser ta mère!» s'écria-t-elle attristée de ce retard en levant les mains au ciel.

Je pressai le pas,—elle m'attira par les cheveux et elle me donna un baiser à ressort qui me rejeta contre le mur où mon crâne enfonça un clou!

Oh! ces mères! quand la tendresse les prend! Ça ne fait rien, le clou m'a fait une mâchure.

Ces mères qu'on croit cruelles et qui ont besoin tout d'un coup d'embrasser leur petit!