Nous étions ensemble dans la cuisine,—je faisais le gros— un homme doit savoir tout faire. Je grattais le fond des chaudrons, elle en faisait reluire le ventre. Pour les assiettes, c'est moi qui raclais le ventre, c'est elle qui essuyait le fond: c'était la consigne. Ma mère avait fait remarquer avec conviction que ce qui est sale dans les chaudrons, c'est le dessous; que ce qui est sale dans les assiettes, c'est le dessus. Et voilà pourquoi je faisais le_ gros_.

On l'a obligée aussi à garder son petit bonnet de campagne. Elle en était toute fière à Farreyrolles et savait que les gars disaient qu'elle le portait bien. Mais elle sentait qu'à Saint-Étienne cela faisait rire. On détournait la tête, on la regardait avec curiosité.

Ma mère de dire:

«C'est que je l'aime comme mon fils, voyez-vous! Je ne fais pas de différence entre eux deux.» Et elle ajoutait: «Jacques pourrait presque s'en fâcher.»

Oui, je me fâche, et je voudrais qu'on fît une différence; c'est bien assez qu'on m'ait ennuyé comme on l'a fait, sans qu'on l'ennuie aussi.

M. Laurier lui-même a fait observer que ce n'était point de mise à la ville; ma mère a répondu:

«Croyez-vous donc que je rougisse de mon origine? Voulez-vous que j'aie l'air d'être honteuse de mes soeurs et de ne pas oser sortir avec ma nièce parce qu'elle a un bonnet de campagne?… Ah! vous me connaissez mal, M. Laurier.»

Un jour cependant elle crut avoir assez brisé la volonté de sa nièce et assez prouvé qu'elle ne rougissait pas de son origine; elle supprima la coiffe; mais elle dicta un bonnet, coupa elle-même une robe.

«Je ne sortirai jamais habillée comme ça, dit Marianne le jour où on les essaya.

—Tu entends par là que ta tante n'a pas de goût, que ta tante est une bête, qui ne sait pas comment on s'habille, qui souillonne ce qu'elle touche. Ah! je souillonne?…