Et, comme elle est franche, elle reproche tout haut à mon père, devant les hôteliers, devant les voyageurs, d'être un homme sans coeur, un époux sans conduite.

Elle conte son histoire, elle dit les noms tout haut.

«C'est le regret de quitter ta Brignoline qui te talonne.—Ah! ah!—On veut_ s'empiffrer_ pour oublier… Monsieur veut peut-être l'argent pour lâcher sa femme et son fils et retourner chez sa maîtresse.»

Mon père qui a demandé cinq malheureux francs! Ce n'est pas avec cela!

Il est sur des épines, tâche de couper les phrases, de morceler les mots, de détruire l'effet; mais ma mère est si franche!

«Tu ne me feras pas taire, je pense! Tu n'as pas besoin de me pousser le coude: ce que je dis est vrai, tu le sais bien… Heureusement qu'il y a du monde; tu ne me frapperas pas devant le monde, peut-être?…»

SUR LE BATEAU

Le bateau nous affranchit,—ma mère se trouve malade heureusement.

Elle est restée trop longtemps sans manger, elle a avalé le foie de veau trop vite,—elle n'a pas fermé l'oeil de la nuit.— Enfin la migraine la prend et l'endort.

Mon père reste près d'elle, le temps moral nécessaire pour être sûr qu'elle repose, qu'elle est en plein sommeil, et qu'elle n'a plus la force de fondre sur lui.