Nous l'avions oubliée, et j'en ai, dès que le coup de feu de la première émotion est passée, j'en ai un peu de remords. Ma mère m'accueille d'un regard dur et d'un mot menaçant; mon remords s'en va. Il me semble qu'elle aurait dû deviner que je pensais en ce moment à elle; qu'il y avait un sentiment tendre qui surnageait au-dessus de mon explosion de gaieté, et je lui en veux de son accueil.
«Quand nous serons arrivés, tu me payeras tout ça.»
Payer quoi? un moment de bonheur? Ai-je donc fait du mal? J'ai trempé le bout de mes lèvres dans des verres où il y avait de la mousse, et où je voyais danser le soleil. Il faudrait payer cela. —Oh! je ne le payerai jamais trop cher, et quand je serai arrivé vous pourrez me battre…
C'est mon jour de chance!
Une dame est venue s'asseoir près de nous et la conversation s'est engagée. Mme Vingtras est toujours aux anges quand une femme bien mise lui fait l'honneur de causer avec elle.
On parle, et les enfants, qui viennent de temps en temps rire à leur mère, m'entraînent dans leurs jeux.
«Jacques, reste là.
—Laissez-les s'amuser ensemble, dit avec un air de bonté l'interlocutrice élégante.
—Vous n'avez pas peur qu'ils se noient?»
C'est tout ce que ma mère trouve à dire, mais elle est flattée que son fils soit admis dans un jeu d'enfants de riches, et si je me noie, tant pis!