La nouvelle est arrivée aux oreilles de mon père et a protégé les miennes.
Ma mère a fait connaissance de la femme d'un professeur qui est bossue.
On va se promener tous les soirs quand il fait beau.
J'ai l'air d'un prisonnier qu'on sort un peu. Je marche devant avec ordre de ne pas m'écarter, de ne pas courir, et je ne puis même pas me baisser pour ramasser une branche ou un caillou,— cela ferait éclater mon pantalon.
Il est arrivé qu'une de mes culottes a craqué un jour, et madame
Boireau, qui n'y voit pas clair, a cependant été très offusquée.
On m'a défendu de me baisser jusqu'à ce qu'on m'ait fait une
culotte large.
On me l'a faite, il n'y a plus de danger,—j'y flâne à l'aise,— j'ai l'air d'un canard dont le derrière pousse.
Je vois bien qu'on me regarde et les mariniers m'entourent, mais ils me respectent comme l'inconnu! Les camarades qui me connaissent me font des niches, tirent cela en passant comme la queue d'un chien,—on y met du sel aussi,—on m'appelle Circé.
COSTUMES ET TRAHISONS POLITIQUES
Le supplice à propos de ma toilette recommence. Beaucoup de personnes me croient légitimiste.—J'ai une cravate qui fait trois fois le tour de mon cou, comme en portaient les incroyables, comme en avaient les royalistes sous la Restauration.—Cependant les espérances que ce parti a pu concevoir à mon propos ne tardent pas à s'évanouir. Ma mère a trouvé à côté d'un collier de chien, dans le fond d'une malle, un col en crin, et je le mets. On crie au «bonapartisme» cette fois! C'est le signe de ralliement des brigands de la Loire, la cravate des duellistes du café Lemblin.
Suis-je venu pour chercher querelle aux membres du club blanc, qui est justement là sur la place? On se perd en conjectures, mais l'étonnement devient bien autre, quand un dimanche on me voit apparaître sur le cours, vêtu comme la meilleure des républiques.