J'ai une redingote marron, un parapluie vert et un chapeau gris.

C'est mon costume de demi-saison. Ma mère voit que je grandis et elle a voulu m'habiller comme un homme des classes moyennes, qui a de l'étoffe, ne vise pas au freluquet et a pourtant son cachet à lui. J'ai du cachet,—mais je suis modeste et je préférerais vivre dans l'obscurité, ne pas donner aux partis des espérances étouffées le lendemain,—avec cela que j'étouffe aussi! cette redingote est si lourde et les manches sont si longues que je ne puis pas me moucher.

Légitimiste aujourd'hui, bonapartiste demain, constitutionnel après-demain, c'est ainsi qu'on pervertit les consciences et qu'on démoralise les masses!

Puis les camarades sont toujours là,—on m'appelle Louis-Philippe.
C'est même dangereux par ce temps de régicide.

Les jours de classe moyenne, quand je suis en bourgeois citoyen, je rentre brisé.

NOS BONNES

Nous avons une bonne,—il paraît que mon père gagne de l'argent.

Il donne la répétition en_ tas_; il prend six ou sept élèves qui lui valent chacun vingt-cinq francs et il leur dit pendant une heure des choses qu'ils n'écoutent pas; à la fin du mois, il envoie sa note,—et il se fait avec cette distribution de participes, entre les deux classes, une assez jolie somme par trimestre.

Les répétés ont moins de pensums et flânent pendant ces va-et-vient dans les corridors. C'est pendant ce temps-là que s'écrivent ou se dessinent sur les murs et sur les tableaux des farces contre les professeurs ou les pions,—le nez de celui-ci, les cornes de celui-là, avec des vers de haulte graisse au fusain. On en met de raides, et la femme du censeur est gênée quand elle passe.

Nous la regardons à travers des trous, des fentes: elle est bien jolie, bien fraîche; elle a épousé le censeur parce qu'il avait quelques sous, puis qu'il sera proviseur un jour.—C'est ce que j'ai entendu marmotter à ma mère qui ajoute aussi qu'elle s'habille mal.