Il a été dans l'Université aussi, ça se voit bien; mais il en est sorti pour épouser une veuve,—qui crut se marier à un grand homme et lui apporta des petites rentes, avec lesquelles il put travailler à son grand livre De la Raison chez les Grecs.
Il y travaille depuis trois ans; toujours en ayant l'air de grincer des dents; il tord les arguments comme du linge, il veut raisonner serré, lui, il ne veut pas d'une logique lâche,—ce qui le constipe, il paraît, et lui donne de grands maux de tête.
«Le cerveau, vois-tu, dit-il à mon père, en se tapant le front avec l'index…
—Pas le cerveau», dit le médecin, qui croit à une affection du gros intestin; si bien qu'il ne sait pas au juste si M. Bergougnard est philosophe parce qu'il est constipé, ou s'il est constipé parce qu'il est philosophe.
On en parle; il s'élève quelques petites discussions très aigres à ce propos dans les cafés. Le cerveau a ses partisans.
Ma mère s'était d'abord prononcée avec violence.
Mon père, un certain jour, avait eu l'idée de prendre M. Bergougnard comme orateur et de le dépêcher à elle, solennel, les dents menaçantes, venant, avec l'arme de la raison, essayer de la convaincre qu'elle s'écartait quelquefois, vis-à-vis de son mari, des lois du respect tel que les anciens et les modernes l'ont compris, en lui faisant des scènes dont on n'avait pas l'équivalent dans les grands classiques.
«Je viens vous poser un dilemme.
—Vous feriez mieux de vous mettre des sinapismes quelque part.»
Il était parti, et il ne serait jamais revenu si ma mère n'avait surmonté ses répugnances à cause de moi.