Elle mit sa réponse un peu verte sur le compte d'une gaieté de paysanne qui aime à rire un brin, et elle qui ne faisait jamais d'excuses, en avait fait pour que M. Bergougnard revînt—dans mon intérêt—par amour pour son fils.
C'est pour son Jacques qu'elle s'abaissait jusqu'à l'excuse, et faisait encore asseoir près d'elle,—autant que s'asseoir se pouvait,—cette statue vivante de la constipation.
Pour moi, oui!—parce que M. Bergougnard m'apprenait, me montrait dans les textes, me prouvait, livre en main, que les philosophes de la vieille Grèce et de Rome battaient leurs fils à tour de bras; il rossait les siens au nom de Sparte et de Rome,— Sparte les jours de gifles, et Rome les jours de fessées.
Ma mère, malgré son antipathie, par amour pour son Jacques, s'était rejetée dans les bras horriblement secs de M. Bergougnard, qui avait les entrailles embarrassées, comme homme, mais qui n'en avait pas comme philosophe, et qui mouillait des chemises à graver les principes de la philosophie sur le _chose _de ses enfants,— comme on cloue une enseigne, comme on plante un drapeau.
Ma mère avait deviné que je n'avais pas la foi cutanée.
«Demande à M. Bergougnard! vois M. Bergougnard, regarde les côtes du petit Bergougnard!»
En effet, après avoir mis quatre ou cinq fois le nez dans le ménage de M. Bergougnard, je trouvais ma situation délicieuse à côté de celles dans lesquelles les petits Bergougnard étaient placés journellement: tantôt la tête entre les jambes de leur père, qui, du même coup, les étranglait un peu et les fouettait commodément; tantôt de face, enlevés par les cheveux et époussetés à coups de canne, mais à fond,—jusqu'à ce qu'il n'y eût plus de cheveux ou de poussière.
On entendait quelquefois des cris terribles sortir de là-dedans.
Des hommes du pays montraient la villa Bergougnard à des illustrations:
«C'est là que demeure le philosophe, disaient-ils en étendant les bras vers la villa,—c'est là que M. Bergougnard écrit: De la Raison chez les Grecs… C'est la maison du sage.»