Ces dix derniers jours m'ont pesé comme un supplice.
«Pourquoi ne m'écrivais-tu pas?
—Je m'attendais à partir d'un jour à l'autre», dit ma mère.
C'était pour épargner un timbre. Je lui parle des reproches de pauvreté qu'on me faisait, des humiliations que j'ai bues.
«C'est lui qui parle de notre pauvreté! Quand il aura gagné ce qu'a gagné ton père cette année, il pourra dire quelque chose…
—Mais alors, si mon père a gagné de l'argent, pourquoi ne pas lui avoir payé ma pension au prix des autres, quand je vous ai écrit qu'il m'insultait et que j'étais si malheureux?
—Des insultes, des insultes?—Eh bien, après? Est-ce que tu t'en portes plus mal, dis, mon garçon? Nous aurons toujours épargné trois cents francs, et tu seras bien content de les trouver après notre mort. Il y a trois cents francs et plus, tiens là-dedans… Ce n'est pas lui qui les aura!»
Elle rit et tape sur sa poche.
«Il faut faire comme ça dans le monde, vois-tu; maintenant que tu es grand, tu dois le savoir. Crois-tu par hasard qu'il t'a pris pour tes beaux yeux et pour nous faire la charité? Non, on t'a pris comme une bonne vache, tu ne vêles pas comme ils veulent, tu n'as pas des prix à leur grand concours. Il fallait choisir mieux: qu'ils te tâtent avant que tu commences. Je vais lui dire son affaire, moi, attends un peu, va!»
Je souffre de la voir se fâcher ainsi. Cet homme que je croyais haïr, voilà qu'il me fait de la peine!