«Non, va, tu peux être tranquille», a repris ma mère, qui lisait mes réflexions dans mon silence et mon regard.

Je le plains tout de même, ce malheureux. J'obtiens de ma mère qu'elle ne fasse pas de scène, et nous obtenons du propriétaire qu'il laisse sortir mon trousseau.

On quitte la pension, je ne sais comment. On prend un fiacre pour aller rejoindre les malles que ma mère a laissées au bureau de la diligence.

Elle murmure toujours des injures contre Legnagna; ce sont des ricanements, des cris: elle le blague et le bouscule de la voix, du geste, comme s'il était là:

«Voulez-vous bien vous taire! Ah! si vous m'aviez dit ce que vous lui avez dit! (Se tournant vers moi.) Tu n'as pas eu de coeur de t'être laissé traiter ainsi! Ah! tu n'es pas le fils de ta mère!»

Suis-je un enfant du hasard? Ai-je été fouetté par erreur pendant treize ans? Parlez, vous que j'ai appelée jusqu'ici genitrix, ma mère, dont j'ai été le cara soboles, parlez!

«Et où allons-nous, maintenant?»

Ma mère me pose cette question quand nous sommes déjà empilés dans la voiture. Le cocher attend.

«Nous n'allons pas coucher dans le fiacre, n'est-ce pas? Voilà un an que tu es à Paris, et tu ne sais pas encore où mener ta mère, tu ne connais pas un endroit où descendre?»

Je connais la Sorbonne?—Le Sanglier?—Est-ce qu'on lui ferait un lit aux Hollandais?