«Je t'ai fait bien souffrir avec mes ridicules, n'est-ce pas?»
Elle ajoute avec émotion:
«C'est toi qui me gronderas maintenant. Tu auras la bourse, d'abord. Ne dis pas non, j'y tiens, je le veux. Puis je suis une vieille femme, tu dois t'ennuyer d'être avec moi tout le temps. Je puis très bien rester à causer avec Mme Molay. Elle me mènera voir les belles choses aussi bien que toi. Je veux que tu aies tes soirées, au moins. Revois tes amis, tes camarades; va chez Matoussaint.»
J'ai rejoint Matoussaint dans une chambre du quartier latin, où il demeure avec un homme qui a dix ans de plus que lui, qui est jacobin et qui écrit dans un journal républicain. Il fait une histoire de la Convention.
Matoussaint écrit sous sa dictée.
Ils étaient en train de causer gravement. On m'a fait bon accueil, mais on a continué la conversation.
Leurs phrases font un bruit d'éperons:
«Un journaliste doit être doublé d'un soldat.»—«Il faut une épée près de la plume.»—«Être prêt à verser dans son écritoire des gouttes de sang.»—«Il y a des heures dans la vie des peuples.»
Matoussaint et son ami le journaliste, comme nous l'appelons, m'ont prêté des volumes que j'ai emportés jeudi. Le dimanche suivant, je n'étais plus le même.
J'étais entré dans l'histoire de la Révolution.