«Tu te f… de moi, dis…?»
Il lève la main, et j'ai cru qu'il allait m'écraser.
L'abîme est creusé,—il va arriver un malheur.
25 La délivrance
Le malheur est arrivé!
Je sors quelquefois, le soir—bien rarement. Que dirais-je aux gens que je rencontrerais? Je n'ai pas le sou pour aller au café où les collégiens vont. Je ne veux pas me laisser offrir et ne pas payer: je suis trop pauvre pour cela. C'est quand j'ai de l'argent dans ma poche que j'accepte, parce que je sens que l'on ne me fait pas l'aumône et qu'à mon tour je puis régaler.
Mais il y a longtemps que je n'ai plus rien—même un sou.
J'avais fait un peu d'argent avec mes livres de prix. La Poésie au seizième siècle, par Sainte-Beuve, un Bossuet, et les oeuvres de M. Victor Cousin.
Ma mère trouvant cinq francs dans ma poche m'avait demandé où je les avais pris. Elle avait l'air de croire que c'était le produit d'un vol ou d'un assassinat. «Il se sera laisser entraîner par les mauvais conseils. Ce sont les mauvais conseils qui perdent les jeunes gens.»
Qui me donnerait des conseils?—Des copains? Je suis plus vieux qu'eux, même s'ils ont mon âge. On ne les a pas battus tant que moi. Ils n'ont pas connu Legnagna et la maison muette.—Des vieux? les collègues de mon père? Ils ont bien assez à faire de nouer les deux bouts, et puis ils ne savent que ce qui se passait chez les anciens, et n'ont pas le temps,—à cause des répétitions,—de juger ce qui se passe autour d'eux.
J'avais dit à ma mère d'où venaient ces cinq francs.