On laisse Pierrouni se dépoitrailler, quand il a chaud, et se dépeigner quand il en a envie.
On n'est pas toujours à lui dire:
«Laisse tes mains tranquilles, qu'est-ce que tu as donc fait à ta cravate?—Tiens-toi droit.—Est-ce que tu es bossu?—Il est bossu!—Boutonne ton gilet.—Retrousse ton pantalon,— Qu'est-ce que tu as fait de l'olive? L'olive là, à gauche, la plus verte!—Ah! cet enfant me fera mourir de chagrin!»
Mais les grands domestiques aussi sont plus heureux que mon père!
Ils n'ont pas besoin de porter des gilets boutonnés jusqu'en haut pour couvrir une chemise de trois jours! Ils n'ont pas peur de mon oncle Jean comme mon père a peur du proviseur; ils ne se cachent pas pour rire et boire un verre de vin, quand ils ont des sous; ils chantent de bon coeur, à pleine voix, dans les champs, quand ils travaillent; le dimanche, ils font tapage à l'auberge.
Ils ont, au derrière de leur culotte, une pièce qui a l'air d'un emplâtre: verte, jaune; mais c'est la couleur de la terre, la couleur des feuilles, des branches et des choux.
Mon père, qui n'est pas domestique, ménage, avec des frissonnements qui font mal, un pantalon de casimir noir, qui a avalé déjà dix écheveaux de fil, tué vingt aiguilles, mais qui reste grêlé, fragile et mou!
À peine il peut se baisser, à peine pourra-t-il saluer demain…
S'il ne salue pas, celui-ci…, celui-là… (il y a à donner des coups de chapeau à tout le monde, au proviseur, au censeur, etc.), s'il ne salue pas en faisant des grâces, dont le derrière du pantalon ne veut pas, mais alors on l'appelle chez le proviseur!
Et il faudra s'expliquer!—pas comme un domestique—non!— comme un professeur. Il faudra qu'il demande pardon.