On en parle, on en rit, les élèves se moquent, les collègues aussi. On lui paye ses gages (ma mère nomme ça «les appointements») et on l'envoie en disgrâce quelque part faire mieux raccommoder ses culottes, avec sa femme qui a toujours l'horreur des paysans; avec son fils… qui les aime encore…

Je me suis battu une fois avec le petit Viltare, le fils du professeur de septième.

Ç'a été toute une affaire!…

On a fait comparaître mon père, ma mère; la femme du proviseur s'en est mêlée; il a fallu apaiser madame Viltare qui criait:

«Si maintenant les fils de pion assassinent les fils de professeur!»

Le petit Viltare m'avait jeté de l'encre sur mon pantalon et mis du bitume dans le cou: je ne l'ai pas assassiné, mais je lui ai donné un coup de poing et un croc-en-jambe…, il est tombé et s'est fait une bosse.

On a amené cette bosse chez le proviseur (qui s'en moque comme de Colin Tampon, qui se fiche de monsieur Viltare comme de monsieur Vingtras), mais qui doit «surveiller la discipline et faire respecter la hiérarchie»; je les entends toujours dire ça. Il m'a fait venir, et j'ai dû demander pardon à M. Viltare, à Mme Viltare, puis embrasser le petit Viltare, et enfin rentrer à la maison pour me faire fouetter.

Ma mère m'avait dit d'être là au quart avant cinq heures.

Ce n'est pas comme ça à Farreyrolles.

Je me suis battu avec le petit porcher, l'autre jour, nous nous sommes roulés dans les champs, arraché les cheveux, cognés, et recognés, il m'a poché un oeil, je lui ai engourdi une oreille, nous nous sommes relevés, pour nous retomber encore dessus!