C'est qu'il m'est égal de regarder des jouets, si je n'ai pas le droit de les prendre et d'en faire ce que je veux; de les découdre et de les casser, de souffler dedans et de marcher dessus, si ça m'amuse…
Je ne les aime que s'ils sont à moi, et je ne les aime pas s'ils sont à ma mère. C'est parce qu'ils font du bruit et qu'ils agacent les oreilles qu'ils me plaisent; si on les pose sur la table comme des têtes de mort, je n'en veux pas. Les bonbons, je m'en moque, si on m'en donne un par an comme une exemption, quand j'aurai été sage. Je les aime quand j'en ai trop.
«Tu as un coup de marteau, mon garçon!» m'a dit ma mère un jour que je lui contais cela, et elle m'a cependant donné une praline.
«Tiens, mange-la avec du pain.»
On nous parle en classe des philosophes qui font tenir une leçon dans un mot. Ma mère a de ces bonheurs-là, et elle sait me rappeler par une fantaisie, un rien, ce qui doit être la loi d'une vie bien conduite et d'un esprit bien réglé.
«Mange-la avec du pain!»
Cela veut dire: Jeune fou, tu allais la croquer bêtement, cette praline. Oublies-tu donc que tu es pauvre! À quoi cela t'aurait-il profité! Dis-moi! Au lieu de cela, tu en fais un plat utile, une portion, tu la manges avec du pain.
J'aime mieux le pain tout seul.
LA SAINT-ANTOINE
C'est samedi prochain la fête de mon père.