Accepte cette fleur… Qui poussa dans mon coeur.

Vendredi soir.

Vendredi soir, répétition générale, dans le mystère et l'ombre.

Mon père—Antoine—est censé ne plus savoir ce qui se passe. Il sait tout; il a même hier soir renversé le géranium mal caché, et je l'ai vu qui le relevait à la sourdine et le refrisait d'un geste furtif.

Il a failli marcher sur le compliment raide, gommé, et qui en gardera la cassure. Je l'avais pourtant caché dans la table de nuit. Il sait tout, mais il feint, naïf comme un enfant et bon comme un patriarche, de tout ignorer. Il faut que ce soit une surprise.

Le matin du jour solennel, j'arrive: il est dans son lit.

«Comment! c'est ma fête?»

Avec un sourire, tournant un oeil d'époux vers ma mère:

«Déjà si vieux! Allons, que je vous embrasse!»

Il embrasse ma mère qui me tient par la main comme Cornélie amenant les Gracques, comme Marie-Antoinette traînant son fils. Elle me lâche pour tomber dans les bras de son époux.