Quelle fut donc leur joie, quand, après quelques jours d'attente, dans la nuit du 5 décembre, ils aperçurent le véhicule qui emportait leurs amis dans l'espace! A cette joie succéda une déception profonde, lorsque, se fiant à des observations incomplètes, ils lancèrent, avec leur premier télégramme à travers le monde, cette affirmation erronée qui faisait du projectile un satellite de la Lune gravitant dans un orbe immutable.

Depuis cet instant, le boulet ne s'était plus montré à leurs yeux, disparition d'autant plus explicable, qu'il passait alors derrière le disque invisible de la Lune. Mais quand il dut réapparaître sur le disque visible, que l'on juge alors de l'impatience du bouillant J.-T. Maston et de son compagnon, non moins impatient que lui! A chaque minute de la nuit, ils croyaient revoir le projectile, et ils ne la revoyaient pas! De là, entre eux, des discussions incessantes, de violentes disputes. Belfast affirmant que le projectile n'était pas apparent, J.-T. Maston soutenant qu'il «lui crevait les yeux!».

«C'est le boulet! répétait J.-T. Maston.

—Non! répondait Belfast. C'est une avalanche qui se détache d'une montagne lunaire!

—Eh bien, on le verra demain.

—Non! on ne le verra plus! Il est entraîné dans l'espace.

—Si!

—Non!»

Et dans ces moments où les interjections pleuvaient comme grêle, l'irritabilité bien connue du secrétaire du Gun-Club constituait un danger permanent pour l'honorable Belfast.

Cette existence à deux serait bientôt devenue impossible; mais un événement inattendu coupa court à ces éternelles discussions.