Pendant la nuit du 14 au 15 décembre, les deux irréconciliables amis étaient occupés à observer le disque lunaire. J.-T. Maston injuriait, suivant sa coutume, le savant Belfast, qui se montait de son côté. Le secrétaire du Gun-Club soutenait pour la millième fois qu'il venait d'apercevoir le projectile, ajoutant même que la face de Michel Ardan s'était montrée à travers un des hublots. Il appuyait encore son argumentation par une série de gestes que son redoutable crochet rendait fort inquiétants.
En ce moment, le domestique de Belfast apparut sur la plate-forme—il était dix heures du soir—, et il lui remit une dépêche. C'était le télégramme du commandant de la Susquehanna .
Belfast déchira l'enveloppe, lut, et poussa un cri.
«Hein! fit J.-T. Maston.
—Le boulet!
—Eh bien?
—Il est retombé sur la Terre!»
Un nouveau cri, un hurlement cette fois, lui répondit.
Il se tourna vers J.-T. Maston. L'infortuné, imprudemment penché sur le tube de métal, avait disparu dans l'immense télescope! Une chute de deux cent quatre-vingts pieds! Belfast, éperdu, se précipita vers l'orifice du réflecteur.
Il respira, J.-T. Maston, retenu par son crochet de métal, se tenait à l'un des étrésillons qui maintenaient l'écartement du télescope. Il poussait des cris formidables.