—Et vous y avez transporté des provisions considérables?
—Considérables, capitaine. Ce fut ici que l'Amirauté nous envoya en 1853, sous le commandement du capitaine Inglefield, avec le steamer le Phénix et un transport chargé de provisions, le Breadalbane; nous apportions de quoi ravitailler une expédition tout entière.
—Mais le commandant du Fox a largement puisé à ces provisions en 1855, dit Hatteras.
—Soyez tranquille, capitaine, répliqua Johnson, il en restera pour vous; le froid conserve merveilleusement, et nous trouverons tout cela frais et en bon état comme au premier jour.
—Les vivres ne me préoccupent pas, répondit Hatteras; j'en ai pour plusieurs années; ce qu'il me faut, c'est du charbon.
—Eh bien, capitaine, nous en avons laissé plus de mille tonneaux; ainsi vous pouvez être tranquille.
—Approchons-nous, reprit Hatteras, qui, sa lunette à la main, ne cessait d'observer la côte.
—Vous voyez cette pointe, reprit Johnson; quand nous l'aurons doublée, nous serons bien près de notre mouillage. Oui, c'est bien de cet endroit que nous sommes partis pour l'Angleterre avec le lieutenant Creswell et les douze malades de l'Investigator. Mais si nous avons eu le bonheur de rapatrier le lieutenant du capitaine Mac-Clure, l'officier Bellot, qui nous accompagnait sur le Phénix, n'a jamais revu son pays! Ah! c'est là un triste souvenir. Mais, capitaine, je pense que nous devons mouiller ici-même.
—Bien,» répondit Hatteras.
Et il donna ses ordres en conséquence. Le Forward se trouvait dans une petite baie naturellement abritée contre les vents du nord, de l'est et du sud, et à une encablure de la côte environ.