Les travaux de l'extérieur occupèrent d'abord l'équipage; les voiles demeurèrent enverguées au lieu d'être serrées à fond de cale, comme le firent les premiers hiverneurs; elles furent uniquement repliées dans leur étui, et bientôt la glace leur fit une enveloppe imperméable; on ne dépassa même pas les mâts de perroquet, et le nid de pie resta en place. C'était un observatoire naturel; les manoeuvres courantes furent seules retirées.

Il devint nécessaire de couper le champ autour du navire, qui souffrait de sa pression. Les glaçons, accumulés sur ses flancs, pesaient d'un poids considérable; il ne reposait pas sur sa ligne de flottaison habituelle. Travail long et pénible. Au bout de quelques jours, la carène fut délivrée de sa prison, et l'on profita de cette circonstance pour l'examiner; elle n'avait pas souffert, grâce à la solidité de sa construction; seulement son doublage de cuivre était presque entièrement arraché. Le navire, devenu libre, se releva de près de neuf pouces; on s'occupa alors de tailler la glace en biseau suivant la forme de la coque; de cette façon, le champ se rejoignait sous la quille du brick, et s'opposait lui-même à tout mouvement de pression.

Le docteur participait à ces travaux; il maniait adroitement le couteau à neige; il excitait les matelots par sa bonne humeur. Il instruisait et s'instruisait. Il approuva fort cette disposition de la glace sous le navire.

«Voilà une bonne précaution, dit-il.

—Sans cela, monsieur Clawbonny, répondit Johnson, on n'y résisterait pas. Maintenant, nous pouvons sans crainte élever une muraille de neige jusqu'à la hauteur du plat-bord; et, si nous voulons, nous lui donnerons dix pieds d'épaisseur, car les matériaux ne manquent pas.

—Excellente idée, reprit le docteur; la neige est un mauvais conducteur de la chaleur; elle réfléchit au lieu d'absorber, et la température intérieure ne pourra pas déchapper au dehors.

—Cela est vrai, répondit Johnson; nous élevons une fortification contre le froid, mais aussi contre les animaux, s'il leur prend fantaisie de nous rendre visite; le travail terminé, cela aura bonne tournure, vous verrez; nous taillerons dans cette masse de neige deux escaliers, donnant accès l'un à l'avant, l'autre à l'arrière du navire; une fois les marches taillées au couteau, nous répandrons de l'eau dessus; cette eau se convertira en une glace dure comme du roc, et nous aurons un escalier royal.

—Parfait, répondit le docteur, et, il faut l'avouer, il est heureux que le froid engendre la neige et la glace, c'est-à-dire de quoi se protéger contre lui. Sans cela, on serait fort embarrassé.»

En effet, le navire était destiné à disparaître sous une couche épaisse de glace, à laquelle il demandait la conservation de sa température intérieure; un toit fait d'épaisses toiles goudronnées et recouvertes de neige fut construit au dessus du pont sur toute sa longueur; la toile descendait assez bas pour recouvrir les flancs du navire. Le pont, se trouvant à l'abri de toute impression du dehors, devint un véritable promenoir; il fut recouvert de deux pieds et demi de neige; cette neige fut foulée et battue de manière à devenir très-dure; là elle faisait encore obstacle au rayonnement de la chaleur interne; on étendit au-dessus d'elle une couche de sable, qui devint, s'incrustant, un macadamisage de la plus grande dureté.

«Un peu plus, disait le docteur, et avec quelques arbres, je me croirais à Hyde-Park, et même dans les jardins suspendus de Babylone.»