On fit un trou à feu à une distance assez rapprochée du brick; c'était un espace circulaire creusé dans le champ, un véritable puits, qui devait être maintenu toujours praticable; chaque matin, on brisait la glace formée à l'orifice; il devait servir à se procurer de l'eau en cas d'incendie, ou pour les bains fréquents ordonnés aux hommes de l'équipage par mesure d'hygiène; on avait même soin, afin d'épargner le combustible, de puiser l'eau dans des couches profondes, où elle est moins froide; on parvenait à ce résultat au moyen d'un appareil indiqué par un savant français[1]; cet appareil, descendu à une certaine profondeur, donnait accès à l'eau environnante au moyen d'un double fond mobile dans un cylindre.

[1] François Arago.

Habituellement, on enlève, pendant les mois d'hiver, tous les objets qui encombrent le navire, afin de se réserver de plus larges espaces; on dépose ces objets à terre dans des magasins. Mais ce qui peut se pratiquer près d'une côte est impossible à un navire mouillé sur un champ de glace.

Tout fut disposé à l'intérieur pour combattre les deux grands ennemis de ces latitudes, le froid et l'humidité; le premier amenait le second, plus redoutable encore; on résiste au froid, on succombe à l'humidité; il s'agissait donc de la prévenir.

Le Forward, destiné à une navigation dans les mers arctiques, offrait l'aménagement le meilleur pour un hivernage: la grande chambre de l'équipage était sagement disposée; on y avait fait la guerre aux coins, où l'humidité se réfugie d'abord; en effet, par certains abaissements de température, une couche de glace se forme sur les cloisons, dans les coins particulièrement, et, quand elle vient à se fondre, elle entretient une humidité constante. Circulaire, la salle de l'équipage eût encore mieux convenu; mais enfin, chauffée par un vaste poêle, et convenablement ventilée, elle devait être très-habitable; les murs étaient tapissés de peaux de daims, et non d'étoffes de laine, car la laine arrête les vapeurs qui s'y condensent, et imprègnent l'atmosphère d'un principe humide.

Les cloisons furent abattues dans la dunette, et les officiers eurent une salle commune plus grande, plus aérée, et chauffée par un poêle. Cette salle, ainsi que celle de l'équipage, était précédée d'une sorte d'antichambre, qui lui enlevait toute communication directe avec l'extérieur. De cette façon, la chaleur ne pouvait se perdre, et l'on passait graduellement d'une température à l'autre. On laissait dans les antichambres les vêtements chargés de neige; on se frottait les pieds à des scrapers[1] installés au dehors, de manière à n'introduire avec soi aucun élément malsain.

[1] Grattoirs.

Des manches en toile servaient à l'introduction de l'air destiné au tirage des poêles; d'autres manches permettaient à la vapeur d'eau de s'échapper. Au surplus, des condensateurs étaient établis dans les deux salles, et recueillaient cette vapeur au lieu de la laisser se résoudre en eau; on les vidait deux fois par semaine, et ils renfermaient quelquefois plusieurs boisseaux de glace. C'était autant de pris sur l'ennemi.

Le feu se réglait parfaitement et facilement, au moyen des manches à air; on reconnut qu'une petite quantité de charbon suffisait à maintenir dans les salles une température de cinquante degrés (+10° centigr.). Cependant Hatteras, après avoir fait jauger ses soutes, vit bien que même avec la plus grande parcimonie il n'avait pas pour deux mois de combustible.

Un séchoir fut installé pour les vêtements qui devaient être souvent lavés; on ne pouvait les faire sécher à l'air, car ils devenaient durs et cassants.