«Qu'est-ce que cela veut dire? demanda Johnson.
—Cela veut dire, répondit le docteur, que nous venons de tuer un renard âgé de plus de douze ans, mes amis, un renard qui fut pris par James Ross en 1848.
—Est-il possible! s'écria Bell.
—Cela n'est pas douteux; je regrette que nous ayons abattu ce pauvre animal! Pendant son hivernage, James Ross eut l'idée de prendre dans des pièges une grande quantité de renards blancs; on riva à leur cou des colliers de cuivre sur lesquels étaient gravée l'indication de ses navires l'Entreprise et l'Investigator, ainsi que celle des dépôts de vivres. Ces animaux traversent d'immenses étendues de terrain en quête de leur nourriture, et James Ross espérait que l'un d'eux pourrait tomber entre les mains de quelques hommes de l'expédition Franklin. Voilà toute l'explication, et cette pauvre bête qui aurait pu sauver la vie de deux équipages, est venu inutilement tomber sous nos balles.
—Ma foi, nous ne le mangerons pas, dit Johnson; d'ailleurs, un renard de douze ans! En tous cas, nous conserverons sa peau en témoignage de cette curieuse rencontre.»
Johnson chargea la bête sur ses épaules. Les chasseurs se dirigèrent vers le navire en s'orientant sur les étoiles; leur expédition ne fut pas cependant tout à fait infructueuse; ils purent abattre plusieurs couples de ptarmigans.
Une heure avant d'arriver au Forward, il survint un phénomène qui excita au plus haut degré l'étonnement du docteur. Ce fut une véritable pluie d'étoiles filantes; on pouvait les compter par milliers, comme les fusées dans un bouquet de feu d'artifice d'une blancheur éclatante; la lumière de la lune pâlissait. L'oeil ne pouvait se lasser d'admirer ce phénomène qui dura plusieurs heures. Pareil météore fut observé au Groënland par les Frères Moraves en 1799. On eut dit une véritable fête que le ciel donnait à la terre sous ces latitudes désolées. Le docteur, de retour à bord, passa la nuit entière à suivre la marche de ce météore, qui cessa vers les sept heures du matin, au milieu du profond silence de l'atmosphère.
CHAPITRE XXVI.
LE DERNIER MORCEAU DE CHARBON.
Les ours paraissaient décidément imprenables; on tua quelques phoques pendant les journées des 4, 5 et 6 novembre, puis le vent venant à changer, la température s'éleva de plusieurs degrés; mais les drifts[1] de neige recommencèrent avec une incomparable violence. Il devint impossible de quitter le navire, et l'on eut fort à faire pour combattre l'humidité. A la fin de la semaine, les condensateurs recelaient plusieurs boisseaux de glace.