Le lendemain, le dimanche, après un fort déjeuner fourni par les pattes de l'ours, et qui fut excellent, les voyageurs se dirigèrent au nord, en inclinant un peu vers l'ouest; le chemin devenait plus difficile; on marchait vite cependant.
Altamont, du haut du traîneau, observait l'horizon avec une attention fébrile; ses compagnons étaient en proie à une inquiétude involontaire. Les dernières observations solaires avaient donné pour latitude exacte 83° 35' et pour longitude 120° 15'; c'était la situation assignée au navire américain; la question de vie ou de mort allait donc recevoir sa solution pendant cette journée.
Enfin, vers les deux heures de l'après-midi, Altamont, se dressant tout debout, arrêta la petite troupe par un cri retentissant, et, montrant du doigt une masse blanche que tout autre regard eût confondue avec les icebergs environnants, il s'écria d'une voix forte:
«Le Porpoise!»
CHAPITRE VI
LE «PORPOISE»
Le 24 mars était ce jour de grande fête, ce dimanche des Rameaux, pendant lequel les rues des villages et des villes de l'Europe sont jonchées de fleurs et de feuillage; alors les cloches retentissent dans les airs et l'atmosphère se remplit de parfums pénétrants.
Mais ici, dans ce pays désolé, quelle tristesse! quel silence! Un vent âpre et cuisant, pas une feuille desséchée, pas un brin d'herbe!
Et cependant, ce dimanche était aussi un jour de réjouissance pour les voyageurs, car ils allaient trouver enfin ces ressources dont la privation les eût condamnés à une mort prochaine.
Ils pressèrent le pas; les chiens tirèrent avec plus d'énergie, Duk aboya de satisfaction, et la troupe arriva bientôt au navire américain.