Il parla donc d'autre chose, de la possibilité de remonter la côte directement jusqu'au nord, et de ce point inconnu du globe qu'on appelle le pôle boréal.
Bref, il détourna les côtés dangereux de la conversation, jusqu'au moment où elle se termina brusquement, c'est-à-dire à l'entrée d'Altamont.
Celui-ci n'avait rien à signaler.
La journée finit ainsi, et la nuit se passa tranquillement. Les ours avaient évidemment disparu.
CHAPITRE XII
LA PRISON DE GLACE
Le lendemain, il fut question d'organiser une chasse, à laquelle devaient prendre part Hatteras, Altamont et le charpentier; les traces inquiétantes ne s'étaient pas renouvelées, et les ours avaient décidément renoncé à leur projet d'attaque, soit par frayeur de ces ennemis inconnus, soit que rien de nouveau ne leur eût révélé la présence d'êtres animés sous ce massif de neige.
Pendant l'absence des trois chasseurs, le docteur devait pousser jusqu'à l'île Johnson, pour reconnaître l'état des glaces et faire quelques relevés hydrographiques. Le froid se montrait très vif, mais les hiverneurs le supportaient bien; leur épiderme était fait à ces températures exagérées.
Le maître d'équipage devait rester à Doctor's-House, en un mot garder la maison.
Les trois chasseurs firent leurs préparatifs de départ; ils s'armèrent chacun d'un fusil à deux coups, à canon rayé et à balles coniques; ils prirent une petite provision de pemmican, pour le cas où la nuit les surprendrait avant la fin de leur excursion; ils portaient en outre l'inséparable couteau à neige, le plus indispensable outil de ces régions, et une hachette s'enfonçait dans la ceinture de leur jaquette en peau de daim.