Ce corps ensanglanté, inanimé en apparence, venait de palpiter sous sa main.
«Vivant! vivant! s'écria-t-il.
—Oui, dit une voix faible, vivant sur la terre du pôle où m'a jeté la tempête, vivant sur l'île de la Reine!
—Hurrah pour l'Angleterre! s'écrièrent les cinq hommes d'un commun accord.
—Et pour l'Amérique!» reprit le docteur en tendant une main à
Hatteras et l'autre à l'Américain.
Duk, lui aussi, criait hurrah à sa manière, qui en valait bien une autre.
Pendant les premiers instants, ces braves gens furent tout entiers au bonheur de revoir leur capitaine; ils sentaient leurs yeux inondés de larmes.
Le docteur s'assura de l'état d'Hatteras. Celui-ci n'était pas grièvement blessé. Le vent l'avait porté jusqu'à la côte, où l'abordage fut fort périlleux; le hardi marin, plusieurs fois rejeté au large, parvint enfin, à force d'énergie, à se cramponner à un morceau de roc, et il réussit à se hisser au-dessus des flots.
Là, il perdit connaissance, après s'être roulé dans son pavillon, et il ne revint au sentiment que sous les caresses de Duk et au bruit de ses aboiements.
Après les premiers soins, Hatteras put se lever et reprendre, au bras du docteur, le chemin de la chaloupe.