«Le pôle! le pôle Nord! répétait-il en marchant.
—Vous êtes heureux! lui disait le docteur.
—Oui, heureux! Et vous, mon ami, ne sentez-vous pas ce bonheur, cette joie de se trouver ici? Cette terre que nous foulons, c'est la terre du pôle! Cette mer que nous avons traversée, c'est la mer du pôle! Cet air que nous respirons, c'est l'air du pôle! Oh! le pôle Nord! le pôle Nord!»
En parlant ainsi, Hatteras était en proie à une exaltation violente, à une sorte de fièvre, et le docteur essayait en vain de le calmer. Ses yeux brillaient d'un éclat extraordinaire, et ses pensées bouillonnaient dans son cerveau. Clawbonny attribua cet état de surexcitation aux épouvantables périls que le capitaine venait de traverser.
Hatteras avait évidemment besoin de repos, et l'on s'occupa de chercher un lieu de campement.
Altamont trouva bientôt une grotte faite de rochers que leur chute avait arrangés en forme de caverne; Johnson et Bell y apportèrent les provisions et lâchèrent les chiens groënlandais.
Vers onze heures, tout fut préparé pour un repas; la toile de la tente servait de nappe; le déjeuner, composé de pemmican, de viande salée, de thé et de café, s'étalait à terre et ne demandait qu'à se laisser dévorer.
Mais auparavant, Hatteras exigea que le relevé de l'île fût fait; il voulait savoir exactement à quoi s'en tenir sur sa position.
Le docteur et Altamont prirent alors leurs instruments, et, après observation, ils obtinrent, pour la position précise de la grotte, 89° 59' 15" de latitude. La longitude, à cette hauteur, n'avait plus aucune importance, car tous les méridiens se confondaient à quelques centaines de pieds plus haut.
Donc, en réalité, l'île se trouvait située au pôle Nord, et le quatre-vingt-dixième degré de latitude n'était qu'à quarante-cinq secondes de là, exactement à trois quarts de mille[1], c'est-à-dire vers le sommet du volcan.