Il parlait ainsi, en passant ses deux mains sur son front pour en calmer les bouillonnements intérieurs.
En ce moment, Altamont, Johnson et Bell le rejoignirent; Hatteras parut alors sortir de son état d'hallucination.
«Mes amis, dit-il d'une voix émue, merci pour votre courage, merci pour votre persévérance, merci pour vos efforts surhumains qui nous ont permis de mettre le pied sur cette terre!
—Capitaine, dit Johnson, nous n'avons fait qu'obéir, et c'est à vous seul qu'en revient l'honneur.
—Non! non! reprit Hatteras avec une violente effusion, à vous tous comme à moi! à Altamont comme à nous tous! comme au docteur lui-même! Oh! laissez mon coeur faire explosion entre vos mains! Il ne peut plus contenir sa joie et sa reconnaissance!»
Hatteras serrait dans ses mains celles des braves compagnons qui l'entouraient. Il allait, il venait, il n'était plus maître de lui.
«Nous n'avons fait que notre devoir d'Anglais, disait Bell.
—Notre devoir d'amis, répondit le docteur.
—Oui, reprit Hatteras, mais ce devoir, tous n'ont pas su le remplir.
Quelques-uns ont succombé! Pourtant, il faut leur pardonner, à ceux
qui ont trahi comme à ceux qui se sont laissé entraîner à la trahison!
Pauvres gens! je leur pardonne. Vous m'entendez, docteur!
—Oui, répondit le docteur, que l'exaltation d'Hatteras inquiétait sérieusement.