—Il est donc évident, reprit Johnson, que la destination du Forward n'est pas de rechercher le passage du nord-ouest, puisque nous laisserons sur notre gauche la seule entrée qui y conduise, c'est-à-dire le détroit de Lancastre. Voilà qui nous présage une navigation difficile dans des mers inconnues.
—Oui, le détroit de Smith, répondit Shandon; c'est la route que l'Américain Kane a suivie en 1853, et au prix de quels dangers! Longtemps on l'a cru perdu sous ces latitudes effrayantes! Enfin, puisqu'il faut y aller, on ira! mais jusqu'où? Est-ce au pôle?
—Et pourquoi pas?» s'écria le docteur.
La supposition de cette tentative insensée fit hausser les épaules au maître d'équipage.
«Enfin, reprit James Wall, pour en revenir au capitaine, s'il existe, je ne vois guère, sur la côte du Groënland, que les établissements de Disko ou d'Uppernawik où il puisse nous attendre; dans quelques jours, nous saurons donc à quoi nous en tenir.
—Mais, demanda le docteur à Shandon, n'allez-vous pas faire connaître cette lettre à l'équipage?
—Avec la permission du commandant, répondit Johnson, je n'en ferais rien.
—Et pourquoi cela? demanda Shandon.
—Parce que tout cet extraordinaire, ce fantastique, est de nature à décourager nos hommes; ils sont déjà fort inquiets sur le sort d'une expédition qui se présente ainsi. Or, si on les pousse dans le surnaturel, cela peut produire de fâcheux effets, et au moment critique nous ne pourrions plus compter sur eux. Qu'en dites-vous, commandant?
—Et vous, docteur, qu'en pensez-vous? demanda Shandon.