« Voici mon plan, dit-il. Il nous reste deux cents livres de lest, puisque les sacs que nous avons emportés : sont encore intacts. J'admets que ce prisonnier, un homme évidemment épuisé par les souffrances, pèse autant que l'un de nous ; il nous restera encore une soixantaine de livres à jeter afin de monter plus rapidement

—Comment comptes-tu donc manœuvrer ? demanda Kennedy.

—Voici, Dick : tu admets bien que si je parviens jusqu'au prisonnier, et que je jette une quantité de lest égale à son poids, je n'ai rien changé à l'équilibre du ballon ; mais alors, si je veux obtenir une ascension rapide pour échapper à cette tribu de nègres, il me put employer des moyens plus énergiques que le chalumeau ; or, en précipitant cet excédant de lest au moment voulu, je suis certain de m'enlever avec une grande rapidité.

—Cela est évident.

—Oui, mais il y a un inconvénient ; c'est que, pour descendre plus tard, je devrai perdre une quantité de gaz proportionnelle au surcroît de lest que j'aurai jeté. Or, ce gaz est chose précieuse ; mais on ne peut en regretter la perte, quand il s'agit du salut d'un homme.

—Tu as raison, Samuel, nous devons tout sacrifier pour le sauver !

—Agissons donc, et disposez ces sacs sur le bord de la nacelle, de façon à ce qu'ils puissent être précipités d'un seul coup.

—Mais cette obscurité ?

—Elle cache nos préparatifs, et ne se dissipera que lorsqu'ils seront terminés Ayez soin de tenir toutes les armes à portée de notre main. Peut-être faudra-t-il faire le coup de feu ; or nous avons pour la carabine un coup, pour les deux fusils quatre, pour les deux revolvers douze, en tout dix-sept, qui peuvent être tirés en un quart de minute. Mais peut-être n'aurons-nous pas besoin de recourir à tout ce fracas. Etes-vous prêts ?

—Nous sommes prêts, » répondit Joe.