—Comment ! dit Joe, abandonner ces trésors! Une fortune à nous ! bien à nous ! la laisser !
—Prends garde, mon ami. Est-ce que la fièvre de l'or te prendrait ? est-ce que ce mort, que tu viens d'ensevelir, ne t'a pas enseigné la vanité des choses humaines ?
—Tout cela est vrai, répondit Joe ; mais enfin, de l'or ! Monsieur Kennedy, est-ce que vous ne m'aiderez pas à ramasser un peu de ces millions ?
—Qu'en ferions-nous, mon pauvre Joe ? dit le chasseur qui ne put s'empêcher de sourire. Nous ne sommes pas venus ici chercher la fortune, et nous ne devons pas la rapporter.
—C'est un peu lourd, les millions, reprit le docteur, et cela ne se met pas aisément dans la poche.
—Mais enfin, répondit Joe, poussé dans ses derniers retranchements ne peut-on, au lieu de sable, emporter ce minerai pour lest ?
—Eh bien ! J'y consens, dit Fergusson ; mais tu ne feras pas trop la grimace, quand nous jetterons quelques milliers de livres par-dessus le bord.
—Des milliers de livres ! reprenait Joe, est-il possible que tout cela soit de l'or !
—Oui, mon ami ; c'est un réservoir où la nature a entassé ses trésors depuis des siècles ; il y a là de quoi enrichir des pays tout entiers ! Une Australie et une Californie réunies au fond d'un désert !
—Et tout cela demeurera inutile !