—Va toujours, » répliquait Kennedy.
Alors Joe, prenant un dernier bloc avec désespoir, le précipita en dehors de la nacelle. Le Victoria s'éleva d'une centaine de pieds, et, le chalumeau aidant, il dépassa bientôt les cimes environnantes.
« Maintenant, Joe, dit le docteur, il te reste encore une jolie fortune, si nous parvenons à garder cette provision jusqu'à la fin du voyage, et tu seras riche pour le reste de tes jours. »
Joe ne répondit rien et s'étendit moelleusement sur son lit de minerai.
« Vois, mon cher Dick, reprit le docteur, ce que peut la puissance de ce métal sur le meilleur garçon du monde. Que de passions, que d'avidités, que de crimes enfanterait la connaissance d'une pareille mine ! Cela est attristant. »
Au soir, le Victoria s'était avancé de quatre-vingt-dix milles dans l'ouest ; il se trouvait alors en droite ligne à quatorze cents milles de Zanzibar.
CHAPITRE XXIV
Le vent tombe.—Les approches du Désert.—Le décompte de la provision d'eau.—Les nuits de l'Équateur.—Inquiétudes de Samuel Fergusson.—La situation telle qu'elle est. Énergique réponses de Kennedy et de Joe.—Encore une nuit.
Le Victoria, accroché à un arbre solitaire et presque desséché, passa la nuit dans une tranquillité parfaite ; les voyageurs purent goûter un peu de ce sommeil dont ils avaient si grand besoin ; les émotions des journées précédentes leur avaient laissé de tristes souvenirs.
Vers le matin, le ciel reprit sa limpidité brillante et sa chaleur. Le ballon s'éleva dans les airs ; après plusieurs essais infructueux, il rencontra un courant, peu rapide d'ailleurs, qui le porta vers le nord-ouest.