« Sera-t-il suffisant ? demanda-t-il au docteur.

—Ne crains rien à cet égard, Dick ; je rétablirai l'équilibre, et si notre pauvre Joe revient, nous saurons bien reprendre avec lui notre route accoutumée.

—Au moment de notre chute, Samuel, si mes souvenirs sont exacts, nous ne devions pas être éloignés d'une île.

—Je me le rappelle en effet ; mais cette île, comme toutes celles du Tchad, est sans doute habitée par une race de pirates et de meurtriers ; ces sauvages auront été certainement témoins de notre catastrophe, et si Joe tombe entre leurs mains, à moins que la superstition ne le protège, que deviendra-t-il ?

—Il est homme à se tirer d'affaire, je te le répète ; j'ai confiance dans son adresse et son intelligence.

—Je l'espère. Maintenant, Dick, tu vas chasser aux environs, sans t'éloigner toutefois ; il devient urgent de renouveler nos vivres, dont la plus grande partie a été sacrifiée.

—Bien, Samuel ; je ne serai pas longtemps absent. »

Kennedy prit un fusil à deux coups et s'avança dans les grandes herbes vers un taillis assez rapproché ; de fréquentes détonations apprirent bientôt au docteur que sa chasse serait fructueuse.

Pendant ce temps, celui-ci s'occupa de faire le relevé des objets conservés dans la nacelle et d'établir l'équilibre du second aérostat ; il restait une trentaine de livres de pemmican, quelques provisions de thé et de café, environ un gallon et demi d'eau-de-vie, une caisse à eau parfaitement vide ; toute la viande sèche avait disparu.

Le docteur savait que ; par la perte de l'hydrogène du premier ballon, sa force ascensionnelle se trouvait réduite de neuf cents livres environ ; il dut donc se baser sur cette différence pour reconstituer son équilibre. Le nouveau Victoria cubait soixante-sept mille pieds et renfermait trente-trois mille quatre cent quatre-vingts pieds cubes de gaz ; l'appareil de dilatation paraissait être en bon état ; ni la pile ni le serpentin n'avaient été endommagés.