La force ascensionnelle du nouveau ballon était donc de trois mille livres environ ; en réunissant les poids de l'appareil, des voyageurs, de la provision d'eau, de la nacelle et de ses accessoires, en embarquant cinquante gallons d'eau et cent livres de viande fraîche, le docteur arrivait à un total de deux mille huit cent trente livres. Il pouvait donc emporter cent soixante-dix livres de lest pour les cas imprévus, et l'aérostat se trouverait alors équilibré avec l'air ambiant

Ses dispositions furent prises en conséquence, et il remplaça le poids de Joe par un supplément de lest. Il employa la journée entière à ces divers préparatifs, et ceux-ci se terminaient au retour de Kennedy. Le chasseur avait fait bonne chasse ; il apportait une véritable charge d'oies, de canards sauvages, de bécassines, de sarcelles et de pluviers. Il s'occupa de préparer ce gibier et de le fumer. Chaque pièce, embrochée par une mince baguette, fut suspendue au-dessus d'un foyer de bois vert. Quand la préparation parut convenable à Kennedy, qui s'y entendait d'ailleurs, le tout fut emmagasiné dans la nacelle.

Le lendemain, le chasseur devait compléter ses approvisionnements.

Le soir surprit les voyageurs au milieu de ces travaux. Leur souper se composa de pemmican, de biscuits et de thé. La fatigue après leur avoir donné l'appétit, leur donna le sommeil. Chacun pendant son quart interrogea les ténèbres, croyant parfois saisir la voix de Joe ; mais, hélas, elle était bien loin, cette voix qu'ils eussent voulu entendre !

Aux premiers rayons du jour, le docteur réveilla Kennedy

« J'ai longuement médité, lui dit-il, sur ce qu'il convient de faire pour retrouver notre compagnon.

—Quel que soit ton projet, Samuel, il me va ; parle.

—Avant tout, il est important que Joe ait de nos nouvelles.

—Sans doute ! Si ce digne garçon allait se figurer que nous l'abandonnons !

—Lui ! il nous connaît trop! Jamais pareille idée ne lui viendrait l'esprit ; mais il faut qu'il apprenne où nous sommes.