Quant à penser que Joe se fût noyé, c'était inadmissible. Il y eut bien une idée horrible qui traversa l'esprit de Fergusson et de Kennedy : les caïmans sont nombreux dans ces parages ! Mais ni l'un ni l'autre n'eut le courage de formuler cette appréhension. Cependant elle vint si manifestement à leur pensée, que le docteur dit sans autre préambule :
« Les crocodiles ne se rencontrent que sur les rives des îles ou du lac ; Joe aura assez d'adresse pour les éviter ; d'ailleurs, ils sont peu dangereux, et les Africains se baignent impunément sans craindre leurs attaques »
Kennedy ne répondit pas ; il préférait se taire à discuter cette terrible possibilité.
Le docteur signala la ville de Lari vers les cinq heures du soir. Les habitants travaillaient à la récolte du coton devant des cabanes de roseaux tressés, au milieu d'enclos propres et soigneusement entretenus.
Cette réunion d'une cinquantaine de cases occupait une légère dépression de terrain dans une vallée étendue entre de basses montagnes. La violence du vent portait plus avant qu'il ne convenait au docteur ; mais il changea une seconde fois et le ramena précisément à son point de départ, dans cette sorte d'île ferme où il avait passé la nuit précédente. L'ancre, au lieu de rencontrer les branches de l'arbre, se prit dans des paquets de roseaux mêlés à la vase épaisse du marais et d'une résistance considérable
Le docteur eut beaucoup de peine à contenir l'aérostat ; mais enfin le vent tomba avec la nuit, et les deux amis veillèrent ensemble, presque désespérés.
CHAPITRE XXXIV
L'ouragan.—Départ forcé.—Perte d'une ancre.—Tristes réflexions.—Résolution prise.—La trombe.—La caravane engloutie.—Vent contraire et favorable.—Retour au sud.—Kennedy à son poste.
A trois heures du matin, le vent faisait rage, et soufflait avec une violence telle que le Victoria ne pouvait demeurer près de terre sans danger ; les roseaux froissaient son enveloppe, qu'ils menaçaient de déchirer.
« Il faut partir, Dick, fit le docteur ; nous ne pouvons rester dans cette situation.