—Mais Joe, Samuel ?
—Je ne l'abandonne pas ! non certes ! et dut l'ouragan m'emporter à cent milles dans le nord, je reviendrai ! Mais ici nous compromettons la sûreté de tous.
—Partir sans lui ! s'écria l'Écossais avec l'accent d'une profonde douleur.
—Crois-tu donc, reprit Fergusson, que le cœur ne me saigne pas comme à toi ? Est-ce que je n'obéis pas à une impérieuse nécessité ?
—Je suis à tes ordres, répondit le chasseur. Partons. »
Mais le départ présentait de grandes difficultés. L'ancre, profondément engagée, résistait à tous les efforts, et le ballon, tirant en sens inverse, accroissait encore sa tenue. Kennedy ne put parvenir à l'arracher ; d'ailleurs, dans la position actuelle, sa manœuvre devenait fort périlleuse, car le Victoria risquait de s'enlever avant qu'il ne l'eut rejoint.
Le docteur, ne voulant pas courir une pareille chance, fit rentrer l'Écossais dans la nacelle, et se résigna à couper la corde de l'ancre. Le Victoria fit un bond de trois cents pieds dans l'air, et prit directement la route du nord.
Fergusson ne pouvait qu'obéir à cette tourmente ; il se croisa les bras et s'absorba dans ses tristes réflexions.
Après quelques instants d'un profond silence, il se retourna vers Kennedy non moins taciturne.
« Nous avons peut-être tenté Dieu, dit-il. Il n'appartenait pas à des hommes d'entreprendre un pareil voyage ! »