Joe arracha les baromètres, les thermomètres ; mais tout cela était peu de chose, et le ballon, qui remonta un instant, retomba bientôt vers la terre. Les Talibas volaient sur ses traces et n'étaient qu'à deux cents pas de lui.
« Jette les deux fusils ! s'écria le docteur.
Pas avant de les avoir déchargés, du moins, » répondit le chasseur.
Et quatre coups successifs frappèrent dans la masse des cavaliers ; quatre Talibas tombèrent au milieu des cris frénétiques de la bande. Le Victoria se releva de nouveau ; il faisait des bonds d'une énorme étendue, comme une immense balle élastique rebondissant sur le sol.
Étrange spectacle que celui de ces infortunés cherchant à fuir par des enjambées gigantesques, et qui, semblables à Antée, paraissaient reprendre une force nouvelle dès qu'ils touchaient terre ! Mais il fallait que cette situation eut une fin. Il était près de midi. Le Victoria s'épuisait, se vidait, s'allongeait ; son enveloppe devenait flasque et flottante ; les plis du taffetas distendu grinçaient les uns sur les autres.
« Le ciel nous abandonne, dit Kennedy, il faudra tomber ! »
Joe ne répondit pas, il regardait son maître.
« Non ! dit celui-ci, nous avons encore plus de cent cinquante livres à jeter.
—Quoi donc ? demanda Kennedy, pensant que le docteur devenait fou.
—La nacelle ! répondit celui-ci. Accrochons-nous au filet ! Nous pouvons nous retenir aux mailles et gagner le fleuve ! Vite ! vite !