Et ces hommes audacieux n'hésitèrent pas à tenter un pareil moyen de salut. Ils se suspendirent aux mailles du filet, ainsi que l'avait indiqué le docteur, et Joe, se retenant d'une main, coupa les cordes de la nacelle ; elle tomba au moment où l'aérostat allait définitivement s'abattre.
« Hourra ! hourra ! » s'écria-t-il, pendant que le ballon délesté remontait à trois cents pieds dans l'air.
Les Talibas excitaient leurs chevaux ; ils couraient ventre à terre ; mais le Victoria, rencontrant un vent plus actif, les devança et fila rapidement vers une colline qui barrait l'horizon de l'ouest. Ce fut une circonstance favorable pour les voyageurs, car ils purent la dépasser, tandis que la horde d'Al Hadji était forcée de prendre par le nord pour tourner ce dernier obstacle.
Les trois amis se tenaient accrochés au filet ; ils avaient pu le rattacher au-dessous d'eux, et il formait comme une poche flottante.
Soudain, après avoir franchi la colline, le docteur s'écria :
« Le fleuve ! le fleuve ! le Sénégal ! »
A deux milles, en effet, le fleuve roulait une masse d'eau fort étendue ; la rive opposée, basse et fertile, offrait une sûre retraite et un endroit favorable pour opérer la descente.
« Encore un quart d'heure, dit Fergusson, et nous sommes sauvés ! »
Mais il ne devait pas en être ainsi ; le ballon vide retombait peu à peu sur un terrain presque entièrement dépourvu de végétation. C'étaient de longues pentes et des plaines rocailleuses ; à peine quelques buissons, une herbe épaisse et desséchée sous l'ardeur du soleil.
Le Victoria toucha plusieurs fois le sol et se releva ; ses bonds diminuaient de hauteur et d'étendue ; au dernier, il s'accrocha par la partie supérieure du filet aux branches élevées d'un baobab, seul arbre isolé au milieu de ce pays désert.