« Nous avons au moins une heure d'avance sur ces bandits, dit-il ; ne perdons pas de temps, mes amis, ramassez une grande quantité de cette herbe sèche ; il m'en faut cent livres au moins.
—Pourquoi faire ? demanda Kennedy.
—Je n'ai plus de gaz ; eh bien ! je traverserai le fleuve avec de l'air chaud !
—Ah ! mon brave ! Samuel ! s'écria Kennedy, tu es vraiment un grand homme !
Joe et Kennedy se mirent au travail, et bientôt une énorme meule fut empilée prés du baobab.
Pendant ce temps, le docteur avait agrandi l'orifice de l'aérostat en le coupant dans sa partie inférieure ; il eut soin préalablement de chasser ce qui pouvait rester d'hydrogène par la soupape ; puis il empila une certaine quantité d'herbe sèche sous l'enveloppe, et il y mit le feu.
Il faut peu de temps pour gonfler un ballon avec de l'air chaud ; une chaleur de cent quatre-vingts degrés [100° centigrades,] suffit à diminuer de moitié la pesanteur de l'air qu'il renferme en le raréfiant ; aussi le Victoria commença à reprendre sensiblement sa forme arrondie ; l'herbe ne manquait pas ; le feu s'activait par les soins du docteur, et l'aérostat grossissait à vue d'œil.
Il était alors une heure moins le quart.
En ce moment, à deux milles dans le nord, apparut la bande des Talibas ; on entendait leurs cris et le galop des chevaux lancés à toute vitesse.
« Dans vingt minutes ils seront ici, fit Kennedy.