Parfois on put apercevoir une caravane se reposant dans un « kraal » en attendant la fraîcheur du soir pour reprendre sa route. Ce sont de vastes emplacements entourés de haies et de jungles, où les trafiquants s'abritent non seulement contre les bêtes fauves, mais aussi contre les tribus pillardes de la contrée. On voyait les indigènes courir, se disperser à la vue du Victoria. Kennedy désirait les contempler de plus près ; mais Samuel s'opposa constamment à ce dessein.

« Les chefs sont armés de mousquets, dit-il, et notre ballon serait un point de mire trop facile pour y loger une balle.

—Est-ce qu'un trou de balle amènerait une chute ? demanda Joe.

—Immédiatement, non ; mais bientôt ce trou deviendrait une vaste déchirure par laquelle s'envolerait tout notre gaz

—Alors tenons-nous à une distance respectueuse de ces mécréants. Que doivent-ils penser à nous voir planer dans les airs ? Je suis sur qu'ils ont envie de nous adorer.

Laissons-nous adorer, répondit le docteur, mais de loin. On y gagne toujours. Voyez, le pays change déjà d'aspect ; les villages sont plus rares ; les manguiers ont disparu ; leur végétation s'arrête a cette latitude.Le sol devient montueux et fait pressentir de prochaines montagnes.

—En effet, dit Kennedy, il me semble apercevoir quelques hauteurs de ce côté.

—Dans l'ouest..., ce sont les premières chaînes d'Ourizara, le mont Duthumi, sans doute, derrière lequel j'espère nous abriter pour passer la nuit. Je vais donner plus d'activité à la flamme du chalumeau : nous sommes obligés de nous tenir à une hauteur de cinq à six cents pieds.

—C'est tout de même une fameuse idée que vous avez eue là, Monsieur, dit Joe ; la manœuvre n'est difficile ni fatigante, on tourne un robinet, et tout est dit.

—Nous voici plus à l'aise, fit le chasseur lorsque le ballon se fut élevé ; la réflexion des rayons du soleil sur ce sable rouge devenait insupportable.